L’état mental des sportifs qui réussissent

Des recherches (voir Jackson et Csikszentmihalyi, 1999) menées depuis 1980 ont montré qu’il existe un fil conducteur commun aux capacités mentales et émotionnelles et au niveau de performance maximum. Par exemple, quand un joueur parle « d’être sur un nuage », il se réfère à un moment où ses facultés mentales et émotionnelles se sont conjuguées pour parvenir à un pic de performance. L’ensemble des pensées et des sentiments d’un joueur lors d’une performance exceptionnelle peut être illustré par ce qui suit :

« Je me sentais relâché mais en même temps plein d’énergie et je me sentais fort. J’appréciais la compétition et je n’avais pas peur de perdre. En fait, je ressentais une sensation de calme, de sérénité intérieurs et mes coups semblaient « couler » automatiquement. Je ne pensais vraiment pas mes coups et à ce que je devais faire. Cela semblait se produire tout naturellement. Mes coups ne paraissaient pas précipités, la balle semblait ralentir et j’avais la sensation de pouvoir faire presque tout ce que je voulais. J’étais complètement dans le match mais je n’essayais pas consciemment de me concentrer. J’avais conscience de tout mais rien ne pouvait me distraire. Quelle que soit la force que je mettais dans la balle, je savais quelle serait dedans. Je me sentais en confiance et je contrôlais totalement la situation ». (Weinberg, 2002).

Naturellement, c’est inhabituel pour un athlète de ressentir tout cela en même temps et à un moment précis. Cependant, la bonne surprise, c’est que les études révèlent que les athlètes ont la capacité de contrôler leurs pensées et leurs émotions (en s’exerçant constamment), ce qui contribue à créer une sorte d’atmosphère intérieure propice à l’expression de leur potentiel. Alors quelles sont ces pensées et ces émotions qui constituent cet état de performance maximum (ou, comme le nomme Jim Loehr, un psychologue du sport réputé, « l’état idéal de performance ») ?

La fusion des actions et la lucidité – Cela se produit lorsque le joueur est en symbiose avec le mouvement qu’il effectue. Les joueurs décrivent cette sensation en expliquant qu’ils ne font qu’un avec la raquette, comme si celle-ci était le prolongement de leur bras. Comme le dit l’un d’eux : « Tout se passse de façon automatique : je frappe juste dans la balle mais sans vraiment y réfléchir ». Les joueurs déclarent se déplacer sans effort ou du moins avec un moindre effort.

Un sentiment de confiance – Les joueurs croient fortement en leurs capacités, malgré ce que l’on pourrait estimer être une piètre performance. La foi qu’ils ont en eux transcende tout point, jeu, set ou match parce que leur confiance n’est pas ébranlée simplement parce qu’ils ont mal joué ou perdu un match. Les joueurs expliquent que, lorsqu’ils ont confiance en eux, ils lâchent leurs coups, ils frappent leurs balles et sentent qu’ils ne sont jamais en dehors du match. Ils ressentent une totale confiance en eux.

La concentration – Les joueurs parlent de complète focalisation sur le présent et ils ne pensent ni à l’avenir ni au passé. En outre, ils ne prêtent pas attention aux distractions de l’environnement immédiat elles que le public on n’en sont même pas conscients. Beaucoup de facteurs tels que le vent, le soleil, le bruit, l’attitude de l’adversaire…peuvent interrompre la concentration, c’est pourquoi rester concentré tout au long d’un match est un enjeu crucial pour jouer juste.

Des objectifs clairs – Pour jouer juste, les joueurs doivent se fixer clairement des objectifs à l’avance de façon à ce qu’ils sachent exactement quoi faire. De plus, que ce soit à l’entrainement ou en compétition, des objectifs clairement établis aident le joueur à se focaliser sur ce qu’il faut faire et donc, aident à le faire.

Oublier le regard des autres – Beaucoup de joueurs ont tendance à se préoccuper de ce que les autres pensent d’eux. Cependant, lorsque l’on décrit les périodes de performances maximum, les joueurs ne se préoccupent plus d’eux-mêmes et ne se laissent pas envahir par leurs propres débats intérieurs, doutes, préoccupations et inquiétudes négatifs. A l’inverse, la peur fait place à une sorte de sérénité et de calme intérieurs. Lorsque les joueurs ne s’occupent pas des autres et se délestent de leur gêne, ils se sentent détendus et relâchés sur le terrain. Quand les muscles des joueurs sont contractés, ils ont tendance à perdre la fluidité dans leurs coups . Par conséquent, la clé, pour le joueur, c’est de se débarrasser de sa gêne (pas de la conscience de soi) et de ne pas se soucier de ce que les autres pensent de son apparence ou de la façon dont il joue. En fait, après avoir joué extrêmement bien, certains joueurs disent qu’ils étaient « inconscients ». Mais ce qu’ils signifient est qu’ils ont perdu leur gêne, se sont mis sur « pilote automatique » sans plus aucune interférence de pensées ou de sentiments.

Le plaisir – Un élément clé pour parvenir à la performance maximum est de prendre plaisir au jeu lui-même. Les joueurs peuvent recevoir de l’argent ou des prix pour leur victoire ou leur palmarès, mais la raison essentielle pour laquelle ils jouent, c’est parce qu’ils aiment le jeu lui-même. Par conséquent, il est important de s’assurer que les joueurs gardent le paramètre plaisir au centre de leur pratique sportive.

Dans le prochain article nous envisagerons « L’enseignement des aptitudes mentales »
Eric RAULIN