L’imagerie mentale

Que ce soit au cours des entrainements ou pendant la compétition, le sportif se trouve en permanence confronté à des situations où il lui est indispensable de s’adapter de manière permanente. Plongé dans son environnement, il reçoit des informations variées qu’elles soient visuelles, auditives et kinesthésiques. Ce traitement de l’information est vitale pour la réussite de la performance. C’est de ce choix que dépend la réponse juste. Dans ce choix le paramètre de l’imagerie mentale peut être aussi bien un frein qu’un avantage.

QU’EST-CE QUE L’IMAGERIE ?
« C’est la capacité à se représenter mentalement un mouvement sans produire l’activité musculaire nécessaire pour agir. L’image peut être une création, une situation que le sujet n’a jamais vécue ou rencontrée » selon Aymeric Guillot Université Lyon 1
L’activité mentale est essentiellement fondée sur les images.
« Ce qui est important, indique M. Denis, c’est la fonctionnalité de l’image mentale, le fait qu’elle a des propriétés qui la rendent utile et exploitable » (Entretien avec Michel Denis « Sciences humaines, n°27 ».
Les études accréditent l’idée que la production et la répétition volontaire d’images mentales permettent de modifier les configurations neuronales. Cela signifie qu’un sportif, en se projetant dans son futur, en projetant une représentation de ce qu’il espère voir se concrétiser, conceptualise ce futur et l’enregistre dans son cerveau.
C’est pourquoi l’imagerie du futur est un moyen si puissant de voir se réaliser ses objectifs.
On observe donc, dans la pratique, qu’un objectif longuement visualisé a beaucoup de chances de se réaliser. C’est un moyen facile, économique et agréable de transformer le réel à son avantage.

Extraits :
Tigger Woods (golf) : « Avant chaque frappe, je vais dans la caméra qui se trouve dans ma tête. Cette caméra personnelle est une clé pour ma concentration et pour mon approche positive de chaque coup »

Roger Federer (tennis) : « Avant de jouer un match, je répète avec attention ce qui est susceptible de se passer et comment je réagirais dans certaines situations. Je me vois en train de jouer des points typiquement adaptés au style de mon adversaire. Ceci m’aide à me préparer mentalement pour le match et avant même d’être allé sur le court, j’ai l’impression d’avoir déjà joué »

LES DIFFERENTS TYPES D’IMAGERIE
Les images mentales se construisent sur les modalités sensorielles
L’imagerie visuelle = représentation visuelle d’un objet, d’une scène d’une personne ou d’un déplacement
L’imagerie kinesthésique = perception des informations corporelles : tensions musculaires, amplitudes articulaires, modifications de posture, déplacements
Exemples (contact balle/raquette, prises, contractions musculaires…
L’imagerie auditive = simulation des informations sonores en relation avec le mouvement
Exemples : (coup de feu, impact balle/raquette, souffle d’un adversaire, rythmicité des appuis…)
L’imagerie tactile = représentation des contacts que le corps fait avec l’environnement
Exemples : appuis au sol, contact agrès, tenue du matériel, frappes…
L’imagerie olfactive = représentation des odeurs et senteurs associées à la pratique
Exemples : (herbe, sable, chlore…)
L’imagerie gustative = Représentation du goût et de la saveur
Peu d’intérêt dans la pratique sportive

LES PERSPECTIVES DE L’IMAGE MENTALE
Elles se font selon deux perspectives : interne/associée ou externe/dissociée
Perspective interne : imagerie mentale associée
Le sujet est l’acteur du mouvement. Imagerie à la première personne. Il visualise les informations qu’il aurait eu s’il avait effectué le mouvement. C’est la modalité kinesthésique qui est privilégiée et ce sont les sensations qui sont prioritaires puisque le sujet réalise l’action « en direct ». Elle permet ainsi de sentir et d’écouter dans une situation que le sportif voit « comme si ». Elle est à ce titre, un puissant moyen de mémoriser et d’apprendre.

Perspective externe : imagerie mentale dissociée
Le sujet est spectateur du mouvement. Imagerie à la troisième personne. Le sportif est dans le film qu’il s’est fabriqué et est observateur de lui-même. La modalité visuelle est prioritaire. Cette perspective permet de se voir de l’extérieur et ainsi d pouvoir observer et analyser. Le sportif peut ainsi se juger, se corriger. Se voir, se sentir et s’entendre dans le futur est vital pour la confiance et la concentration.

Nous pouvons donc en conclure que l’image mentale est un outil de l’entrainement mental à tous les niveaux :
° D’apprentissage : apprendre par répétition mentale, pour corriger un geste technique, un comportement , une attitude.
° De contrôle de l’énergie : l’image mentale est au centre des processus de relaxation, de relâchement…
° De contrôle de l’émotion : la fabrication d’une image mentale permet de gérer l ‘anxiété, le stress ainsi que les états mentaux positifs dans une optique de performance.
° De confiance : l’imagination de situations positives (victoire, podium…) et de réussite sont un ingrédient de base de la fluidité et de la performance.
°De rééducation fonctionnelle : un sportif blessé peut continuer à s’entraîner par la pratique de l’imagerie et « travailler » musculairement en l’absence de contractions réelles
° De réathlétisation : l’imagerie permet d’activer les programmes moteurs responsables de la production de mouvement

En route pour l’imagerie mentale !
Eric RAULIN