Parents/Partenaires

PARENTS / PARTENAIRES
Enseignant de club et directeur sportif pendant près de 10 ans, mi-temps CSD et mi-temps club, puis CSD à temps plein depuis 1998, j’ai toujours été sensible aux aspects mentaux de la performance.
Durant tout mon parcours, j’ai été confronté à la gestion de l’environnement familiale. Les parents jouent un rôle majeur dans la pratique tennistique de leur enfant, lors des séances d’’initiation et d’entraînement ou lors des compétitions de tous niveaux. J’ai été en charge de la formation de jeunes de niveau régional et national et dans ce contexte, la prise en compte te l’accompagnement de l’environnement familiale est fondamental. Je peux dire aujourd’hui qu’il l’est sans doute tout au temps dans le club ; les difficultés que nous rencontrons à fidéliser les jeunes sont, en partie, l’expression de ce manque de prise en compte et de communication.
Cet expérience, enrichie par le DU de préparation mentale que j’ai suivi à Clermont Ferrand m’a permis d’identifier des besoins spécifiques dans la relation enseignant-parent-enfant et de donner quelques outils pour mieux intégrer les parents dans le dispositif de formation des jeunes.
Je souhaite dans cet article vous faire partager mon expérience, apporter quelques connaissances théoriques sur le sujet afin de mieux comprendre les parents dans leurs attentes et comportements pour favoriser la communication enseignant-parents et les aider à faire évoluer la vision qu’ils ont de leur rôle.

Depuis une vingtaine d’années, les parents vivent avec la conviction qu’ils sont les responsables de l’épanouissement personnel et de la réussite sociale de leur progéniture. Ce qui se traduit par une stimulation de plus en plus précoce et par la promotion de la performance et de la compétition.
Les parents sont alors pris par leur désir de donner toutes les chances à leurs enfants et les rendent prisonniers de leur anxiété et de leurs projections.

ARRETER DE LEUR METTRE LA PRESSION

Avoir de bonnes notes, être le 1er de la classe, gagner ses matchs, progresser sans cesse… Les professionnels de l’enfance le constatent quotidiennement : le stress lié à la réussite (scolaire, sportive…) frappe de plus en plus tôt et de plus en plus fort.

Ce qui est terrible dans la pression parentale, c’est qu’elle insécurise l’enfant en profondeur, car elle est l’expression de la peur du parent. Celui-ci n’est plus l’allié ou le soutien qu’il devrait être, mais quelqu’un que l’enfant doit satisfaire et rassurer
Alain Braconnier, psychiatre et psychanalyste

Sans parler d’un système scolaire et sportif qui soumet l’élève à une évaluation de plus en plus précoce, et qui fait la promotion de la compétition et de l’individualisme.

DISTINGUER L’EXIGENCE DE LA PRESSION

La bonne exigence est celle qui soutient l’enfant, prend en compte ses points forts et ses points faibles, et le guide pour aller de l’avant. Dans cette relation, le parent est un partenaire. A l’inverse, la pression est faite de harcèlement, d’intrusion, de menace, de chantage, de culpabilisation, elle est tendue vers le seul résultat et nie l’enfant pour ne s’adresser qu’à l’élève. Décoder les enjeux cachés, clarifier les rôles, bien doser les demandes… tels sont les outils dont chacun peut disposer pour mieux accompagner l’enfant sur le chemin de l’apprentissage et de l’autonomie
Brigitte Prot : Psychopédagogue

Il existe 2 formes de pression. L’une est quantitative, l’autre qualitative. La 1ère consiste à répéter à l’enfant qu’il ne travaille pas assez, donc à tout organiser autour de la quantité de travail à fournir. La 2ème porte sur les notes, les résultats, les classements, les commentaires des profs qui ne sont jamais assez bons. Dans les 2 cas, l’accent est exclusivement mis sur les insuffisances, réelles ou fantasmées de l’enfant.
Ce qui, au lieu de le stimuler, comme le souhaitent les parents et les enseignants, le fait douter de lui, éteint sa curiosité, et au final, le démotive en profondeur. Le discours des parents et des enseignants est très ambivalent, ils déplorent la pression, ce qui ne l’empêche pas de l’alimenter quotidiennement !

LES COMPORTEMENTS CLES DU PROGRES

La liste des « recettes » est longue : Apporter davantage de soutien et valoriser les points forts, limiter les reproches, ne pas se fixer sur les erreurs…
La communication entre enseignant et parents est essentielle, la finalité des parents est toujours positive mais le contexte affectif brouille l’analyse et incite aux dérapages. Vous trouverez ci-dessous quelques principes qu’il convient de respecter et de communiquer :

SAVOIR TIRER PROFIT DES ERREURS

La pédagogie est avant tout fondée sur l’erreur. L’important, c’est le chemin qui mène à la compréhension de cette erreur, ce n’est pas la note ou le résultat immédiat. C’est ainsi que l’on acquiert connaissances et compétences
Philippe Mérieu, Professeur en sciences de l’éducation

DEVELOPPER SES 4 FORMES DE CONFIANCE EN LUI

Apprendre suppose une prise de risques : ne pas comprendre, se tromper…C’est pourquoi la confiance en soi est indispensable à la réussite. Il en existe 4 types :
– Confiance en son intelligence
– Confiance en ses connaissances et ses compétences
– Confiance en sa capacité à prendre une décision
– Confiance en sa capacité à mener à terme une tâche
Les parents peuvent s’appuyer sur celle(s) possédée(s) par l’enfant pour en développer une autre. Exemple : l’élève qui travaille, mais dont les résultats restent faibles, peut croire en son intelligence mais douter de ses connaissances. Il s’agit de lui faire prendre conscience que seule sa méthode de travail est en jeu, jamais sa personne. A chaque parent de repérer et de renforcer la confiance qui fait défaut. En portant un regard bienveillant et en laissant l’enfant tester et exercer cette confiance.

ETRE PRESENT SANS ETRE ETOUFFANT

Les parents devraient se positionner très tôt comme des accompagnateurs de leur enfant, en lui apprenant à s’organiser, à préparer un cartable un sac de sport, à planifier son travail, à anticiper afin qu’il devienne pleinement acteur de sa vie scolaire et sportive
Marie-France Le Heuzey, Psychiatre spécialiste de l’enfance.

Rien n’est plus apaisant et régénérant que de vivre des moments de partage en famille (cuisiner, bricoler, faire des jeux, regarder et commenter une émission ou un film…), autant d’apprentissages invisibles mais fondamentaux.
Laisser s’exprimer l’enfant, l’écouter, lui demander ce qui lui plait, ce qui l’inquiète, parler de soi au même âge, raconter sa journée de travail, avec ses plus et ses moins, voilà qui tisse une relation à la fois intime et respectueuse qui permet d’évacuer le stress subi dans la journée.
Echanger, se confronter, parfois s’affronter aident à développer l’esprit critique, un outil supplémentaire pour prendre du recul et tenir à distance le stress.

LE CONFRONTER A LA FRUSTRATION

Notre civilisation de jouissance ne supporte pas la frustration; le plaisir et la réussite doivent être immédiats » La présence envahissante des écrans de tout ordre et l’habitude de « consommer » encouragent la passivité et le plaisir immédiat. Or l’intolérance à la frustration est difficilement compatible avec l’effort exigé par l’apprentissage. Les parents ont intérêt, très tôt, à limiter l’usage de écrans et à ne pas répondre immédiatement aux demandes de l’enfant pour favoriser chez lui le désir d’agir. Ils peuvent aussi différer l’achat d’un jouet, ne pas « faire » à sa place lorsqu’il échoue, ni proposer mille activités dès qu’il s’ennuie. (Cela suppose d’accepter que le résultat soit imparfait … !)

TENIR UN DISCOURS CONSTRUCTIF SUR LA STRUCTURE

Le discours ambiant tend trop souvent à délégitimer l’institution scolaire et/ou sportive.
Comment un enfant peut-il respecter ses « profs » si ses parents leurs reprochent d’être incompétents ? Comment peut-t-il s’intéresser à leur enseignement s’ils ne cessent d’être dévalorisés ?
L’enfant a besoin de sentir le lien entre les adultes (parents et enseignants) pour trouver un sens à leur apprentissage. Pour la réussite de l’enfant, il est essentiel que parents et enseignants se rencontrent régulièrement.

LUI APPRENDRE A SURMONTER LES OBSTACLES

Le jeune d’aujourd’hui se décourage vite. Il est primordial que les parents et les enseignants lui apprennent à surmonter les écueils inhérents à tout apprentissage et à différer le temps de la réussite.
L’enfant doit accepter de tâtonner sans se décourager. Le parent ou l’enseignant qui aide l’enfant à repérer ses besoins pour y répondre, et souligne ses points forts, le conforte dans son estime personnelle. Ce qui le rend plus fort pour surmonter les obstacles sur un terrain de sport et dans la vie.
Cela suppose de ne pas se focaliser sur le résultat et de ne pas dramatiser ses erreurs.
Pour y parvenir, les parents et enseignants doivent garder à l’esprit que les évaluations ne rendent comptent que des compétences à un moment donné, elles ne sont pas l’expression de la valeur de l’enfant. Il n’est pas « nul » s’il a échoué, ni « génial » s’il a réussi.
La compétition doit être perçue, par les parents et les enseignants, comme l’opportunité de développer dans l’adversité des compétences.

 

En conclusion, n’oublions jamais que les enfants se développent dans l’environnement qu’on leur crée, avec les valeurs qu’on leur enseigne, souvent malgré nous, dans nos comportements quotidiens.
Les jeunes observent et imitent les réactions de leurs parents et enseignants, qu’ils ont tendance à reproduire.
A nous d’inculquer les valeurs de la vie et les exigences du sport de haut-niveau (travail, effort, persévérance…), afin qu’ils trouvent en eux les motivations suffisantes pour faire les efforts nécessaires.